Partagez | 
 

 Le verbe devenu forçat.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
feyfey

avatar


MessageSujet: Le verbe devenu forçat.   Dim 17 Mar - 0:06

Et si j’arrivais à m’enfuir ?
Je serais libre ? Pas sûr, et pour aller où ?
Je n’en peux plus, je suis fatigué. Ici je ne suis plus rien. Je ne suis que mots. Je ne suis qu’épuisement et désespoir. Je ne suis que sueur et larmes.
Seule ma main se souvient des lettres et des phrases. Seuls mes doigts se souviennent des sentiments. Mon coeur ne bat plus. Mon cerveau est mort. Je ne suis plus rien si ce n’est un bagnard du bonheur. Je ne suis plus rien si ce n’est un prisonnier du soleil. Les rayons ne me brûlent plus : je ne suis plus que cendre.
Et ce Big Brother qui me surveille.
Je suis esclave du Temps, comme les autres. Ici on ne dit plus nous puisque l’on pense tous la même chose. Nous sommes JE. Il est LUI. Je ne sens plus mon corps, je ne sais plus mon corps. Je ne sens plus mon âme. En ai-je encore une ? Mes sens sont morts de fatigue depuis longtemps. Tellement condamné, j’en oublie de dormir.
Et Lui qui me guette.
Et toute la journée creuser, creuser, creuser, et encore creuser. Pour Lui trouver ses précieuses pierres. Toujours creuser. A en vomir des cailloux, à en avoir pleins les yeux, à en avoir plein la tête. Et tout ça pour ses précieux cailloux blancs. IL appelle ça les pierres du Bien-être. C’est sûrement pas pour le mien. Ce ne sera jamais pour le mien : je ne fais pas partis de leur monde. Ce charbon blanc est plus précieux que tout l’or du monde et je n’en bénéficierai jamais. C’est pour ceux d’en haut. C’est pour ceux qui se croient bons. C’est pour ceux qui se prennent pour des saints. C’est pour ses protégés à Lui. C’est pour les rendre heureux que je creuse. C’est uniquement pour eux. Pour qu’ils m’oublient. Pour me mépriser. Pour me culpabiliser. Pour me détruire. Pour ne pas qu’ils comprennent qui les rend heureux. Je suis sûr qu’ils ne savent même pas que j’existe. Ils ne savent même pas que c’est moi qui les rends heureux. C’est uniquement moi. Moi et ces pierres de malheur.

Je vais vous expliquer ce qui m’est arrivé.
Avant j’étais comme vous, j’étais humain. Sans histoire j’avais une petite vie bien tranquille, avec une merveilleuse femme et trois enfants adorables. J’étais vraiment heureux. J’avais un bon boulot, ma femme aussi et mes enfants travaillaient bien à l’école. Tout était parfait quoi.
Un peu cliché mais ça existe. UN jour je suis rentré chez moi pour découvrir le massacre de ma famille. Malgré la justice j’étais envahi par la haine. Je suis tombé en dépression. On a tout fait pour essayer de m’en sortir, vraiment. Mais je dépérissais à vue d’oeil. Jusqu’au jour où je devins plus fin qu’une feuille de papier et où je disparaissais littéralement de chagrin. On m’a suicidé.
J’eu un bel enterrement.
Plus tard on me proposa le purgatoire, mon dossier devait passer entre Ses mains. C’était à Lui de décider si je devais aller dans les limbes où au Paradis, rejoindre ma femme et mes enfants.
Parce que je contenais trop de haine et que je n’étais pas mort à l’heure dite IL décida pour moi.
Maintenant je suis ici entrain de creuser. Je ne sais depuis quand. Je ne sais comment. Je sais pourquoi. Je sais pour qui. Je sais avec qui. Je suis avec moi, uniquement avec moi. Il est partout : en haut, en bas, ici. Partout. IL est omniprésent. IL est l’omniprésence.
Je creuse pour lui. Je creuse pour eux. Je ne suis plus rien. Je ne vaux plus rien. Je ne suis qu’une paire de bras sans âme.
Les limbes.
Je ne sais depuis quand je suis ici. J’y creuse pour ceux d’en haut. Pour leur bonheur. Pour leur bien-être. Encore et toujours ces pierres. La seule pensée qui me tient encore debout, qui me tient encore conscient, c’est de savoir – de croire ?- qu’en bas, tout en bas c’est encore pire. C’est de savoir qu’en Enfer c’est encore pire.
Je ne pense plus. Dès que je pense Il m’efface. Dès que je réfléchis Il m’efface. Dès que je comprends Il m’efface. Dès que je prends conscience Il m’efface. Dès que...

Et si j’arrivais à m’enfuir ? Je serais libre ? Pas sûr, et pour aller où ? Je n’en peux plus, je suis fatigué. Ici je ne suis rien. Je ne suis que mots. Je ne suis qu’épuisement et désespoir. Je ne suis que sueur et larmes...
Revenir en haut Aller en bas
Shaideath
Maître du Gné Tout Puissant
Maître du Gné Tout Puissant



MessageSujet: Re: Le verbe devenu forçat.   Dim 17 Mar - 1:02

J'ai apprécié la référence à 1984 d'Orwell et l'utilisation des phrases courtes et directes que j'utilise souvent.

Encore.
Revenir en haut Aller en bas
Ariablue
Disparu dans l'outre-monde
Disparu dans l'outre-monde
avatar


MessageSujet: Re: Le verbe devenu forçat.   Dim 17 Mar - 16:23

Joli Feyfey !

_________________
Revenir en haut Aller en bas
feyfey

avatar


MessageSujet: Re: Le verbe devenu forçat.   Lun 18 Mar - 21:21

Merci les gens. :)
J'en ai d'autres mais je devrais le faire en plusieurs fois : très long pour un post sur un forum. ;)
Revenir en haut Aller en bas
SupremN
Pape du PMV
Pape du PMV
avatar


MessageSujet: Re: Le verbe devenu forçat.   Lun 18 Mar - 22:11

C'est beau :calim_noel:

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Le verbe devenu forçat.   

Revenir en haut Aller en bas
 

Le verbe devenu forçat.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: La Taverne :: Récits du soir-